Saint-Denis Quartier de la gare ... travailler avec la peur au ventre ! Histoire quotidienne d'un agent de la propreté (scène fictive) « Cinq heure du matin, dans la pénombre du jour naissant, le sol jonché des détritus du trafic de la nuit, Michel avec sa caroline* commence son travail. Pince à la main il ramasse ça et là canettes, bouteilles plastic et stylos, ustensiles abandonnés sur place par les fumeurs de crack. Vêtu de son E.P.I* jaune fluo, il est le dernier représentant visible des autorités administratives. Des portières de voitures claquent, des ombres furtives passent entre deux portes cochères, au pied de l'église neuve, un homme au visage édenté somnole dans les odeurs d'urine. L'arrivée de Michel fait fuir les pigeons entrain de se repaitre du reflux gastrique d'un toxico. Prenant dans sa pince des morceaux de journaux brulés, il n'ose regarder l'homme qui s'approche de lui, il sait très bien que si son regard croise le sien, ce dernier risque de se sentir provoqué. Vers sept heures du matin, alors que vont et viennent de la gare les travailleurs pressés, il réussit à redonner à ce quartier un visage plus humain. Vers dix heures, son rythme cardiaque s'accélère, il redoute cet instant, un individu en manque vient l'aborder pour lui soutirer de l'argent. Il ne répond pas, son cœur bat plus vite encore quand l'homme au visage maigre et au corps désarticulé lui dit « je t'ai parlé fils de pute ». Les jambes de Michel commencent à trembler, il continue, sans trop faire voir sa peur, à ramasser les détritus. L'homme se fait plus insistant, Jérôme un autre agent situé à trente mètres voyant la scène s'approche. Se sentant en infériorité le toxico s'éloigne en brisant au sol sa canette de bière et il ne s'empêche pas de lâcher un « ramasse conard t'es là pour ça ! ». Une fois de plus Michel se sent atteint par cette insulte trop souvent répétée. Michel est soulagé par l'approche de son collègue, il sait que la prochaine fois, ce sera peut être lui qui devra intervenir pour soutenir Jérôme et il ramasse les morceaux de verre brisés... » Cette scène inventée très réaliste et quotidienne met l'accent sur les agressions répétées sur le personnel. Le jeudi 16 juillet, les agresseurs ont été trop loin et un de nos collègues a été frappé violemment au point d'en avoir la mâchoire brisée... Les agents de la propreté ont alors utilisé leur droit de retrait pour insécurité au travail Le jeudi 23 juillet, une réunion a eu lieu avec les élus de Plaine Commune, de la ville de Saint-Denis, des agents concernés, les représentants des organisations syndicales et du Préfet. Le représentant de l'Etat n'a pas manqué de montrer son indignation devant ces agressions de personnel en charge de service public.
- Il a souligné que «le problème n'était pas simple à traiter et qu'il fallait faire la différence entre les trafiquants et les consommateurs victimes». Il a observé un transfert sur Saint-Denis d'une situation qui existait auparavant aux stations de métro la Chapelle et Stalingrad à Paris. Il a souhaité que ce problème soit éradiqué et non à nouveau transféré sur un autre lieu. «Cette situation ne pourra pas être réglée en un jour».
Au questionnement d'un agent sur la non-intervention de la police quand le trafic se faisait au vu de tous, le Préfet a répondu « qu'il était impossible d'intervenir car les trafiquants jetaient les doses dès l'approche de la police et qu'il était alors impossible d'établir un flagrant délit ». - Il s'est engagé à mettre en place un référent au commissariat de police de Saint-Denis avec un numéro de téléphone spécifique qui aura en charge les problèmes du secteur gare.
- Il a ajouté la nécessité de voir se mettre en place un traitement social et médical des victimes de cette nouvelle drogue.
Pour la CFDT, - sur le premier point, nous nous étonnons que les méthodes modernes d'investigation permettent de retrouver le voleur d'un scooter à Neuilly sur Seine mais pas les dealers de crack qui ont très probablement laissés sur les sachets jetés au sol quelques traces d'ADN.
- Sur le second point, si la mise en place d'un numéro spécifique s'inscrit dans une volonté d'améliorer la sécurité des biens et des personnes, nous ne voyons pas comment un agent en difficulté pourra appeler le commissariat.
- Sur le troisième point concernant la réinsertion des victimes toxicomanes, la volonté du Préfet ne reflète pas les orientations budgétaires et politiques mises en place par l'Etat sur les Services Pénitentiaires d'Insertion et de Probation (SPIP). En effet, les propositions actuelles sur la réorganisation de ces services ont pour conséquence de scinder artificiellement le travail de ces personnels (les travailleurs sociaux)[1], et ne répondent pas au manque flagrant des moyens nécessaires mis à disposition, face à des situations d'urgence.
Quand on voit les décisions prisent par le gouvernement sur la réduction des moyens de prévention comme décrit ci-dessus et la suppression de la police nationale de proximité, on a vite fait de comprendre que nous avons comme interlocuteur un Préfet bien démuni en moyens au regard des graves problèmes constatés. Suite aux paroles « rassurantes » du représentant de l'Etat et surtout au respect des missions du service public par les agents, le droit de retrait a été levé ce vendredi 24 juillet. « Ce matin, Michel conscient et fier d'accomplir sa mission de service public, s'est remis à ramasser les papiers... avec encore la peur au ventre ... » La CFDT revendique le renfort des effectifs de sécurité et de prévention sur le quartier de la Gare de Saint-Denis, ainsi que le renfort du personnel de propreté de Plaine Commune pour éviter que les agents se retrouvent isolés tant que le problème n'est pas réglé.
Christian FEVRIER Secrétaire de la section CFDT Plaine Commune
- [1] à savoir :
- l' « exécution de la peine » qui ne relèverait plus que des conseillers d'insertion et de probation (C.I.P)
- et la « réinsertion sociale » qui relèverait provisoirement des assistants de services sociaux, dans l'attente de leur transfert aux collectivités locales ou au secteur privé.
Comment assurer dans ces conditions un suivi sérieux des personnes placées sous main de justice....Le problème soulevé et récurrent est celui du manque de personnels et de moyens pour la réinsertion. - caroline : chariot pour ramasser les papiers
- EPI : Equipement de protection individuelle
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